Vertige



B.

Janvier 2021


vertige


Quand soudain mon horizon chavire,
Quand il n’y a plus d’autre choix
Que la désespérance
Quand je ne peux plus que laisser choir
l’espoir,
je voudrais enjamber la voute
Petit homme en dérive s’inspirant du vide
Et basculer
S’envoyer en l’air,
Petit fêtu aux prise du vent,

Et en un instant malgré tout suspendu
s’enivrer d’oxygène pour enfin
brutalement
s’arrêter de respirer

Quand ma tête est vide
que mon ventre gronde
Envahi par une haine immonde
Qui m’inonde de douleurs assassines

J’aimerais enfin pouvoir oublier, éteindre la douleur
tant je me sens étrange, étranger à moi-même,
si proche du néant
je suis réduit à n’être qu’un simple porteur
d’une si grande peur

Derrière mes yeux sans espoir
Obscure camera de mon âme
Se projette mon identité fracassée
comme un miroir brisé en milles débris par d’amicales trahisons ;
Sept ans de malheur promis à mon cerveau rempli d’éclats de balbutiantes pensées,
Comme des petits tessons autrefois brillants qui roulent en vagues incessantes dans les reflux de mon crâne ;
Sauvage kaléidoscope de millions de pensées fragmentées,
d’idéaux déchiquetés comme une bannière de soie exposée à la mitraille de l’ennemi,
de rêves en larmes…
… et c’est tellement triste un rêve qui pleure !

Dans mon cœur encore battant, battant l’air comme un poisson sorti de l’eau
Pris dans le vertigineux tourbillon de la bêtise humaine,
Se dessinent sous le visage hurlant de la calomnie
le sillon sanguinolent des basses vengeances,
les ecchymoses des mesquines lâchetés.

Et toi, mon âme, dis-moi ce qui ne tourne pas rond ?
Et oui,
les tortueux stratagèmes de la connerie humaine,
ont gagné cette fois-ci…

Tu croyais pourtant tellement que le monde était beau…
Tu avais juste besoin de sourires,
Tu étais tellement sincère dans ta foi en l’humanité,
dans ta conviction profonde que l’on pouvait construire
un monde un peu meilleur...

Crois-tu que je saurai demain sortir du vertige ?
Reprendre pied ?
Faire l’inventaire des pièges, de la malveillance
et de ma part d’erreur ?
Ne pas me laisser traquer par la haine ?
Apprendre à pardonner ?
Et réavancer doucement
vers la confiance ?






vertige


Quand j’étais môme je suivais du regard le pas sûr de mon père le long des sentiers escarpés
Le si sûr pas du montagnard en marche
J’avais des gros brodequins cloutés
Pour me donner de l’assurance
Sur les chemins du vertige

Ma première hallucination vertigineuse
Fut quelques années plus tard
Au sommet d’un donjon alsacien
Où deux trous noirs machicoulesques
M’aspiraient de leur regard hypnotique
Faisant de moi un zombie déséquilibré

Devenu adolescent je m’humiliais
Sur une rehausse brutale
au sommet d’une crète rocheuse
soudainement envahi par l’espace vertigineux
par l’immense horizon
que je domptais pourtant facilement
habituellement,
réduit alors
à ramper à 4 pattes devant quelques ricanements.

Cette petite hantise, fugitive et soudaine,
M’a accompagnée tout au long de mes années,
Pas vraiment de peur pour moi,
Mais d’effroi pour ceux que j’aime
Dès qu’ils s’approchaient du vide
Et ce vertige qui m’inonde
M’asperge d’une angoisse terrible
D’un tourbillon interne
De cette peur indicible
de ne plus être capable
De protéger ceux qui me sont chers…

Et puis il y eut cet ouragan terrible
Qui a balayé ma vie :
vertigineuse bêtise,
communion des haines ordinaires
qui m’a conduit au bord du vide…

J’ai un souvenir vertigineux
Par ce beau matin ensoleillé
De printemps
Où la violence des mots
Le choc terrible de la trahison
La brutale incompréhension
Avaient submergé ma tête
Ne laissant aucune place à l’espoir
J’avais traîné sur mes sentiers de run
Ma stupeur qui brûlait
Au fond de mon ventre.

La sidération m’a pris au sommet de ce talus
Englouti par le bruit des camions
Vertigineuse danse
Macabre tourbillon
L’idée d’être aspiré par la pente…
Mais des visages d’amour
Me glissaient des murmures à l’oreille
Dominant le chaos assourdissant des douleurs.
Combien de temps suis-je resté ainsi
si près du précipice routier ?
hébété, naufragé ?
je n’en ai que le souvenir du chemin du retour
ma douleur en bandoulière

Et puis enfin le choc
De cet homme à terre
Qui gémissait au pied
Des sauveteurs en bleu
Sa cigarette à la bouche
Ses plaintes aux lèvres
Pauvre, triste, miséreux
Sur ce grand pont suspendu
Au-dessus du néant
Il avait raté de peu
Son saut de l’ange
Stoppé par le plongeon
D’un gendarme héroïque
Et gisait là
Boule d’émotion et de chagrin
Ramassée sur le sol
Ceinturée sur le bitume

J’en suis reparti vaporeux
Envahi par le vertige,
Qui s’était infiltré jusqu’au cœur de mon coeur
Conscient d’avoir flirté quelques mois
Sur une corde raide
Sur ces chemins escarpés
et tortueux
sur lesquels la vie vous conduit parfois

Ma tête repensait aux choucas
qui voltigent dans l’azur
Virtuoses acrobates
Du ciel de nos montagnes
Ont-il tantôt le vertige ?
En voyant de si haut
Combien les êtres humains
Peuvent être parfois
si petits,
et si bas ??








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