temps






temps mort


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Adossé à la paroi boueuse, le nez rougit par le froid et les yeux perdus dans le vague,j’attends.

Dans cet univers de noirceur et de mort, il n’y a rien d’autre à faire que de laisser couler le temps. Et d’espérer.

Ici les jours s’écoulent lentement. Les secondes sont des heures et les minutes paraissent des mois.

Le temps semble être à l’arrêt, perdu quelque part entre les deux camps, enchevêtré dans les barbelés du no man’s land.

Pourtant, l’hiver nous a surpris, nous qui pensions que tout cela serait terminé au printemps dernier.

Il est tombé comme une nappe, recouvrant alliés et ennemis d’un blanc manteau. Entre les flocons et les rats, le temps prend son temps, il nous attend, terré dans sa tranchée, et s’amuse de nous voir nous déchirer, tous terrifiés et frigorifiés.

Il impose son silence, son silence de mort, qui nous pèse et nous effraie.

Le silence avant la tempête.

Bientôt, il y aura l’assaut. Il faudra sortir de l’ombre et se précipiter vers une mort certaine.

Bientôt, il y aura des traces de pas boueuses qui briseront cette couverture immaculée, et des gouttes rouges vifs sur le blanc pur.

Bientôt, il y aura la douleur et les cris, les éclairs de lumières et les barbelés tranchants.

Je profite de ces derniers instants. Pour une fois, je profite de cette lenteur, qui me rapproche petit à petit de la mort.







Le temps prend son temps


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On dit que le temps guérit toutes les douleurs.
Mais comment faire quand le temps prend son temps ?
Qu’il est un peu paresseux et qu’il s’étire, lentement, le matin au saut du lit.

Le temps est bien long, quand on attend quelque chose.
Quand on souffre silencieusement en attendant la guérison.
Ce temps, celui-là, qui lors de nos moments de joie semblait, petit farceur, avancer les aiguilles de la montre. Ce temps rieur qui faisait défiler notre jeunesse ne laissant derrière lui que des photos jaunies.

Aujourd’hui, le temps a mis sa tenue de deuil. Il défile lentement, sombre cortège, parmi les gens.
Aujourd’hui, le temps est en retard, il a loupé son réveil et il a le cafard. Il traine les pieds, fatigué, sans trop se dépêcher.

Mais je l’attends, moi, le temps. Le temps qui prend son temps, qui mets longtemps. Je l’attends. En pleurant. En priant, pour que bientôt, il vienne remplacer le trou béant que tu m’as laissé en partant. Car si le temps, bien trop souvent, se permet d’être l’invité qu’on attend, pour toi, il a décidé d’arriver en avance.












Maître du temps de père en fils


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Je lis moqueusement la carte de visite qu’il me tend :
-Maître du temps de père en fils.
Je relève la tête un sourire au coin des lèvres et jette un coup d’œil ironique à l’appareil photo qu’il arbore fièrement.

-Oui. Il a l’air le plus sérieux du monde.

"Je ne suis pas un simple photographe voyez-vous. Je suis créateur de souvenirs. Je suis le maître du temps. L’espace d’une photo je contrôle son passage. Je le ramène et le ralentis à ma guise. Je le stop un instant pour mieux m’absorber dans le moment présent.
Dans cette vie où le temps fait de nous des marionnettes à ses services, où nous sommes prêts à tout pour rajouter quelques grains dans le sablier, moi je vis et le temps n’a pas d’emprise sur mes pas. Je vis hors du temps, je me ris de lui.
Le doigts sur le détonateur, je savoure un moment à cheval entre deux horizons, un instant coincé entre deux réalités, celle du présent si vivace et si rapide qui reprend déjà sa route et celle du souvenir qui nous ramène en arrière. Lors de l’impression je revis indéfiniment ces souvenirs passés comme un pied de nez au temps qui court, revisualisant parfaitement le soleil sur ma peau et le souffle du vent.
Et quand je trie ces perles du temps je me sens l’âme d’un grand archéologue qui retrace le passé, qui le collectionne et le conserve pour pouvoir un jour mieux m’en inspirer."

J’hausse un sourcil, dubitative pendant qu’il continue sa route d’un air satisfait. Evidemment, je ne compte pas croire à ce charabia, cet homme est définitivement fou à lier.

Malgré tout, je glisse sa carte dans ma poche, sait-on jamais…








arbre



La grande histoire du temps


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